La transformation digitale… Lorsqu’on en fait trop!

Commençons tout d’abord par un peu de terminologie : La transformation digitale, composée des mots « transformation » et « digitale ». Le premier, signifie l’action de changer ou modifier quelque chose ; c’est aussi le passage d’une forme à une autre. Quant au deuxième, c’est un mot repris de l’anglais pour dire numérique ; défini comme étant [la représentation d’informations (…) au moyen de caractères, tels que des chiffres, ou au moyen de signaux à valeurs discrètes. C’est aussi des systèmes, dispositifs ou procédés employant ce mode de représentation discrète, par opposition à analogique] [Définition reprise de Larousse].

J’ai découvert ce terme pour la première fois tout au début de la dernière décennie, lorsque je travaillais pour un éditeur de logiciel d’architecture d’entreprise. La boite l’a adopté dans son discours commercial de l’époque.

Quelques petites années plus tard, encore plus ces 3 dernières années, l’utilisation de ce terme s’est beaucoup répandue, pour devenir l’un des incontestables buzzwords les plus consommés un peu partout et sans la moindre réserve : dans les conférences, les kick-offs, les présentations commerciales, les articles, les comités et même dans les discussions de couloir entre collègues. Les gens balancent souvent cette expression sans vraiment expliquer ce qu’ils entendent par la transformation digitale ou peut-être sans qu’ils en aient une définition claire dans leurs esprits : Est-ce que cela consiste à faire des opportunités technologiques un éléments initiateur de la définition ou l’ajustement de la stratégie globale de l’entreprise ? Est-ce l’informatisation des business processes ? ou l’extravagant zéro papier ? Est-ce l’amélioration de l’expérience client ? S’agit-il de la modernisation du système d’informations ? ou est-ce simplement la mise en place d’applications mobiles et l’utilisation des réseaux sociaux dans la relation B2C ?

Le danger caché de la transformation digitale réside dans sa terminologie, comme je l’ai insinué au début de cet article. Si le mot « transformation » est clair et concis ; la définition du mot « digital » reste très vague. Cela étant, comment peut-on baser les motivations d’un projet de transformation, et par la suite le choix d’une roadmap, sur un terme qui prête à confusion ? Le top management et les sponsors d’un projet de transformation ont tous la même compréhension de « la transformation digitale » ? Ont-ils les mêmes attentes ou tout au moins des attentes cohérentes ?

Les entreprises, au Maroc et ailleurs, doivent prioriser d’autres volets plutôt que faire une fixation sur « la transformation digitale ». La vraie transformation à mon sens, réside dans la montée en maturité et la gouvernance de l’entreprise. Un nombre considérable de structures peinent à avancer sur ces deux volets. Elles n’ont pas de frameworks intelligibles pour leurs capacités organisationnelles. Elles sont dans une impasse pour désamorcer, une fois pour toute, les champs de mines de leurs legacy; ont une gestion chaotiques de la data; n’ont pas de dictionnaires de données pour cadrer leurs terminologies et unifier leurs vocabulaires (ça aurait servi pour définir le sujet de cet article) … Pour autant, on les voit surfer, têtes baissées, sur la vague de la « transformation digitale ».

Comme premiers fondamentaux, les entreprises doivent donner de l’importance à l’architecture de l’entreprise dans son aspect holistique (Stratégie, Business, Data, Applicatif et technologie) en disposant d’un vrai référentiel d’architecture, loin des rapports de cartographie classique entassés dans les casiers. L’adoption de l’activité EA mettra en évidence à quel point on n’a pas de visibilité sur son entreprise, sur son patrimoine ainsi que ses capacités métier et techniques. Par conséquent, on pourra évaluer ces derniers comme élément d’aide à la décision. Entre autres, on pourrait évaluer la capacité de l’entreprise à se lancer dans un projet de transformation.

Pour conclure, bien que je sois sceptique par rapport à l’utilisation du terme « digitale », encore plus de la combinaison « transformation digitale » ; si je dois donner du sens à cette dernière et la démaquiller, ce ne sera autre que la problématique de l’alignement métier/SI dans ses différents volets. Un enjeu auquel les entreprises sont confrontées depuis des décennies. En effet, peu importe la définition attribuée à la transformation digitale, elle peut être inscrite dans l’une des formes de l’alignement stratégiques des systèmes d’information. Toute opportunité technologique peut servir à créer de la valeur, comme support à la stratégie de l’entreprise, ou comme déclencheur d’une nouvelle stratégie. Encore faut-il le mentionner, les entreprises doivent disposer de prérequis, outils et techniques de support qui vont leur permettre de réussir cette démarche d’alignement métier/Système d’information.